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3 astuces d’écriture piquées aux scénaristes

La différence la plus évidente entre un scénario et un texte littéraire, c’est leur présentation.

Un scénario est constitué de segments comme celui-ci:

INT. QUARTIER GÉNÉRAL DES AUTEURS INDÉPENDANTS (QGAI) – JOUR
Six auteurs sont réunis autour de la table géante du QGAI.
Au bout de la table, le Général des Auteurs trace un plan
d'action sur un tableau blanc.
                                 Général des Auteurs
                        Au bout d'un tiers de votre récit,
                        l'objectif de votre protagoniste
                        doit être clair.

Mais la vraie différence entre l’écriture pour l’écrit et l’écriture pour l’image, c’est que la seconde est entièrement visuelle. Toutes les informations que vous voulez transmettre à votre public doivent pouvoir passer par quelque chose que l’on voit. A l’inverse, l’écrit permet au lecteur de se projeter dans l’esprit de vos personnages, de solliciter ses cinq sens et de prendre le temps d’approfondir certaines idées purement intellectuelles. De ce point de vue, l’audiovisuel est le parent pauvre de la littérature, mais pour combler cette déficience, les dramaturges d’abord, puis les scénaristes ont développé plusieurs techniques qui leur ont permis de gagner en efficacité narrative par rapport à leurs confrères romanciers et nouvellistes. C’est la raison pour laquelle de nombreux romans des vingt ou trente dernières années sont souvent comparés à des films, parce que leurs auteurs s’inspirent de l’efficacité des récits audiovisuels, parfois en abandonnant les subtilités et les avantages apportés par l’écriture littéraire. A l’inverse, d’autres auteurs rejettent radicalement les règles d’écriture dramaturgique, justement parce qu’elles ne répondent pas à leur idée de la “pureté” littéraire.

L’idée est de n’aller ni dans l’une ni dans l’autre de ces directions mais de reconnaître avec honnêteté les avantages apportés par les techniques des scénaristes. Ce billet en liste quelques-unes.

Montrer plutôt que déclarer

Quand c’est possible, faites passer l’information sur vos personnages par ce qu’ils font plutôt que par leur dialogue ou une intervention du narrateur. Les scénaristes préfèreront toujours faire passer une information par l’image que par le dialogue, même s’il y a quelques exceptions, notamment dans l’exposition du récit. La raison principale en est que l’action marque davantage les spectateurs que les dialogues, tout comme dans la vie les actes des gens qui vous entourent ont plus de poids que ce qu’ils vous disent (souvenez-vous de la dernière fois que quelqu’un vous a assuré qu’il/elle vous aimait pour ensuite vous ignorer complètement, qu’en avez-vous retenu: sa déclaration d’amour ou son ignorance ?)
Cette règle ne doit pas être prise comme un impératif à appliquer aveuglément. Parfois l’efficacité, dans un roman, passe par des interventions du narrateur, des raccourcis ou des résumés qui, en scénario, se traduisent par des ellipses ou des effets visuels assurant les transitions. Gardez-la néanmoins en tête pour vos scènes les plus importantes et pour les informations clefs de votre récit. Ces scènes-là doivent mettre en scène la situation et les émotions des personnages de la manière la plus incarnée possible.

Pour bien comprendre cet aspect de l’écriture audiovisuelle, analysez les scènes qui vous ont le plus marqué dans vos films préférés et décortiquez la manière dont les auteurs s’y sont pris pour rendre la scène puissante au point qu’elle vous soit restée en tête.

Economiser les personnages et les décors

L’écriture scénaristique est dépendante des budgets de production. Les auteurs sont sans cesse encouragés à trouver des moyens de faire des économies. Réduire le nombre de personnages et de décors est le plus simple moyen de réaliser cela. Pour y parvenir, il faut identifier les fonctions des personages et des décors, et s’assurer qu’aucun des lieux ou des individus que vous faites intervenir dans votre histoire ne sont redondants ? Avez-vous deux personnages comiques ? Supprimez-en un. Deux cafés où les personnages se rencontrent. Gardez seulement le plus intéressant.

L’encre ne coûte rien et l’imagination de vos lecteurs n’a pas de limite de budget mais vos récits seront plus condensés et plus riches si vous vous contraignez à limiter consciemment le nombre des personnages et des lieux de votre histoire. La prochaine fois que vous devrez faire passer une information à votre protagoniste, demandez-vous si l’un des personnages déjà en place peut la lui transmettre avant de créer un figurant supplémentaire.

Utiliser des métaphores

Quand ils veulent faire passer une idée abstraite, comme la morale d’une histoire, ou sa thématique, les scénaristes ne peuvent pas se lancer dans de longs monologues philosophiques. Ils sont obligés de trouver un moyen visuel et discret de le faire, sous peine de perdre les spectateurs. C’est pourquoi les scénaristes sont devenus experts dans l’art d’utiliser les métaphores.
Je ne parle pas de métaphores parlées, qu’ils utiliseraient dans leurs dialogues mais d’objets ou de situations à sens multiples. Rien, dans un scénario, ne peut être laissé au hasard, parce que tout va être questionné par les producteurs, les réalisateurs et les comédiens et si le scénariste n’est pas capable de justifier pourquoi son histoire doit se passer dans la jungle, il risque de voir ses idée être sabrées et son film d’aventure amazonienne deviendra une épopée urbaine.
Quand il choisit un décor ou un accessoire, la profession d’un personnage ou le détail d’une situation, c’est toujours dans l’esprit d’optimiser la minute de film qu’il est en train d’écrire. Chaque scène doit contenir le maximum possible d’informations sans noyer le spectateur. Le scénariste passe donc autant par le non-verbal et le subliminal que par le dialogue et l’action explicite des personnages. Tout n’est pas perçu à un niveau conscient par le spectateur mais les idées font leur chemin à un niveau subconscient et contribuent à créer l’impression de densité et de cohérence de l’histoire qui feront que celle-ci deviendra mémorable.

Parce qu’ils ne sont pas limités en quantité, la plupart des romanciers ont tendance à prendre leur temps pour raconter tous les détails de leurs histoires. Ils introduisent des métaphores de manière aléatoire et souvent en laissant l’inspiration les guider. Si vous voulez avoir toutes les chances que votre livre laisse une empreinte durable sur votre lecteur, prenez l’habitude d’ajouter ne serait-ce qu’un niveau de lecture à vos scènes, en leur incluant une métaphore.

Pour aller plus loin

Ces trois techniques ne sont qu’un rapide aperçu de tout ce que l’écriture scénaristique peut apporter aux auteurs littéraires. Pour approfondir votre connaissance des astuces de scénariste, je vous recommande l’excellent travail de John Truby : L’Anatomie du Scénario ainsi que le livre de Jean-Marie Roth L’Écriture des Scénarios.

        Et pour encore plus de références, consultez la bibliographie présente sur ce site.